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30 mai 2016




                                                  Mes oursons en guimauve,



Cela fait un bon moment que ce billet me trotte dans la tête, mais je n'arrive pas à me lancer. Il y a tellement de choses que je relie à Paris que les éléments s'embrouillent dans mon esprit. 
Je commencerai donc par ceci:
Paris est ma patrie. En allemand, patrie se dit -Heimat. Le lieu où l'on est chez soi. 
C'est tout à fait cela. Paris, c'est chez moi, même si je suis d'ailleurs.


Paris est la ville où j'ai rencontré mon mari. La ville où mon fils est né. La ville où habitent mes meilleurs amis. La ville où vit ma sœur. La ville où je me sens chez moi. 

Mais c'est aussi la ville qui m'a mise devant le fait à accompli, qui m'a fait me rendre compte que je n'étais pas à sa hauteur. Je ne suis pas assez riche pour y vivre. Je ne le serai jamais d'ailleurs. Je suis condamnée à la regarder de loin, comme un rêve familier qu'on a effleuré jadis et qui s'est échappé sans qu'on ait eu le temps de réaliser qu'on l'avait un jour tenu dans nos bras.

 J'aime tout dans Paris: la grisaille,  l'odeur de la pluie, les bouches de métro,  ses musiciens,  le soleil qui illumine Montmartre,  la Tour Eiffel avec ses  pieds dans la brume,  les bouchons du périphérique,  les gaz d'échappement, la nuit, les gens assis dans les cafés,  ma sœur et mon beau-frère,  mes amis...
À Paris, tout m'est supportable: les jours de pluie? On va faire une expo. Le coup de blues du dimanche?  On va flâner rue des Francs Bourgeois.  Il fait nuit tôt en novembre?  Allons voir la Tour Eiffel illuminée.  La semaine paraît un peu longue?  On file au Dellys avec des amis..  Envie d'être seul chez soi? Un peu de jazz, on regarde par la fenêtre et on a le sentiment d'être  là où tout se passe, d'être à sa place.


J'ai quitté Paris pour la campagne, où tout est différent: les rues sont vides et ne sentent rien. Les montagnes sont vertes, peuplées d'arbres et s'opposent au désert du paysage urbain. Tout est différent.
Certes, il n'y a personne dans la salle d'attente du médecin. Personne aux impôts. Personne à la CAF. Très peu de criminalité. C'est un endroit privilégié pour élever des enfants. Les gens sont gentils. Mais tout est différent. Les dimanches sont dépeuplés et réclament la rumeur des âmes. Tout est différent.

J'ai quitté Paris. Il y a trois ans.

 Pinces d'Or et moi sommes enseignants tous les deux. A l'époque, il était possible d'effectuer des heures supplémentaires pour compléter son salaire. C'est ce que nous avons fait, tant que nous n'avions pas d'enfants. Nous avions donc la belle vie: dans un petit appartement du 18° arrondissement, nous avons vécu les plus belles années de notre vie. Nous étions insouciants et heureux. Un soir sur deux, nous terminions notre journée au Dellys, notre deuxième maison, où Kamel et Sala nous accueillait à bras ouverts. Nous y passions des soirées inoubliables, à déguster des Grims bien fraîches, à refaire le monde et l'Education Nationale, à parler sur tout et surtout de nos élèves.
Nous étions souvent rejoints par nos collègues et amis, qui, avertis, ou non,  par un message, franchissaient le seuil du Dellys, dans l'espoir d'y retrouver un visage amical.

Allez, juste un verre, 'faut que je rentre tôt ce soir.

Le verre se transformait régulièrement en deux, puis trois, voire en Couscous. On en oubliait le temps, les élèves, le cartable. On avait besoin de relâcher la pression. D'oublier certaines frasques du quotidien que notre métier nous imposait.



Aujourd'hui, là où nous sommes, nous ne sommes pas malheureux, loin de là. Nous profitons pleinement de nos deux enfants, chose qui aurait été plus difficile dans la capitale, où nous avions au minimum deux heures de trajet par jour . Là où je suis, je suis à 5 minutes à pieds de mon travail. Je rentre chez moi manger le midi.  Je ne suis qu'à deux heures et demi de mon sud adoré. Deux petites heures qui me séparent de mes cigales. C'est peu et beaucoup à la fois. Chucky a eu une place en crèche de suite. La vie est bien moins chère. On a pu acheter un appartement magnifique. J'ai pu me consacrer à ma carrière et passer l'agrégation, chose qui aurait été impossible à Paris.

Oui, mais tout es différent.

Je suis si loin de Paris. Les dimanches pluvieux, je regarde parfois des photos qui circulent sur Instagram, et qui me rappellent alors la vie que j'avais là-bas. Je remercie d'ailleurs Yannick et son compte Instagram magique, qui m'emmène toujours dans les lieux que je côtoyais auparavant. J'ai le Coeur serré en regardant ces photos, mais ça me fait du bien. Paris est si vivante, même sur papier glacé.

Ici, tout est différent.

Mon collège est un bon collège, les gens y sont adorables. Mais ils ont tous une vie de famille, ce qui est bien normal. Comment leur reprocher? Je suis moi-même la première accaparée par ma vie.
C'est un lieu de travail, pas un lieu de vie. Les gens viennent puis repartent aussitôt. Ceux qui finissent à 16h ne restent pas jusqu'à la dernière heure de la journée, assis en salle des profs, à discuter, en attendant les autres collègues qui finissent à 18h et qui auront bien besoin de compagnie pour faire le chemin du retour. Pas de Dellys au carrefour de Gard du Nord,  où l'on décide de prolonger la journée car, au fond, personne n'a vraiment envie de se quitter.

Tout est différent.
Maintenant, je suis  la première à quitter l'établissement sans me retourner. J'ai certainement mûri. J'ai une vie de famille .

Tout est différent.

J'ai quitté Paris. Mais Paris ne m'a pas quittée.

Frau Pruno.








Photos: Yannick Adoh . Merci encore, tes photos sont magnifiques.





31 commentaires :

  1. Sniff... Et dire que moi je la supporte de moins en moins cette ville que pourtant j'adore. Faudrait que j'aille faire un stage en Lozère^^.
    Mais dis-moi, tu serais pas plutôt nostalgique de ta vie d'avant, du petit feu follet insouciant que tu étais, non ? Allez je t'envoie une bonne giclée de pot d'échappement. Bisous

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    1. Oh oui, viens me voir en Lozère! Je te préparerai des bons petits plats et du champ' à gogo ^^
      Cela dit, tu as tout à fait raison, je suis également nostalgique de mon ancienne vie qui est liée à Paris.
      Merci pour la giclée de pots d'échappement, ça me va droit au poumon!! Gros bisous mon Aileza!

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  2. Paris .. Paris mon amour. Ton article est tellement vrai..
    Des bisous !

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    1. Merci! et ravie de faire ta connaissance!

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  3. Bouh tu m'as donné envie de pleurer :( . J'ai vécu à Paris du 2003 à 2011 et moi aussi j'ai aimé cette ville d'amour. Dans ma province allemande les dimanches sont à mourir d'ennui et je ne te raconte pas quand mon mari travaille ce jour là...
    Le mot "Heimat", le genre de mots qui fait aimer l'allemand ;) .

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    1. Merci pour ton joli mot, ça me touche beaucoup. C'est vrai que Heimat est un mot riche de sens, les pointilleux disent qu'on ne peut pas le réduire à "patrie", mais moi, j'aime cette traduction ;-) En tous cas, je penserai à toi lorsque j'aurai le cafard lors d'un dimanche pluvieux... On est deux expatriées, même si je suis en France. gros bisous ma jolie.

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  4. Bel article ! Moi, quand je repense aux lieux que j'ai aimés et qui me manquent, je crois que j'éprouve surtout une nostalgie de ma jeunesse perdue, des amis et de la vie "d'avant" et je me dis que même si je retournais vivre dans ces endroits, ce ne serait plus jamais pareil. Profite de la Lozère, je ne connais pas (suis un peu loin) mais je suis sûre que ce doit être très sympa et qui sait, peut-être un jour retourneras-tu à Paris si cette ville te manque trop, on ne sait jamais de quoi l'avenir est fait... Bisous !

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    1. Merci poulette! tu as raison: je pense qu'inconsciemment, je regrette également un partie de ma jeunesse envolée. J'espère finir mes jours à Paris, si j'en ai les moyens! Mais pour l'instant, rien que le fait de revenir dans la capitale me fend le coeur et me fait me rappeler combien cette ville me manque. Gros bisous ma belle.

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  5. Tu y retourneras un jour, c'est sûr, la vie se construit petit à petit, il faut être patient...et chaque étape est importante. Ce que tu vis en ce moment est une partie de toi qui te permettra de vivre Paris encore autrement et surtout délicieusement. Tu dégusteras chaque instant. Allez plus que 15 ans...courage

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    1. Plus que 15 ans! ça va alors, ça va vite passer! ;-)

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  6. Tu me manques ma petite minmin tu sais ! Claire

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    1. Oh toi aussi tu me manques minmin!!! J'espère te revoir bientôt <3

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  7. Une jolie lettre d'amour à notre belle capitale. Je suis comme Aileza, j'ai de plus en plus de mal à vivre dans cette ville que j'aime beaucoup. Je comprends votre nostalgie. Ce message me permet de voir Paris avec un regard neuf ! On ne sait pas de quoi votre avenir est fait, peut-être un jour...

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    1. Merci pour ce gentil message qui me touche beaucoup! J'espère finir mes vieux jours à Paris et devenir la grand-mère du quartier qui vient prendre son café au café d'en-bas et que tout le monde connaît ;-)

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  8. Je comprends tout à fait ton ressenti bien que vivant à Paris. Je le ressens pour la ville où j'ai fait mes études et des fois j'aimerai bien retrouver cette vie là bien que je sois contente et que j'ai grandis depuis !

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    1. Ah oui? D'où viens-tu? Merci pour ton message et ton abonnement sur Hello Coton(je voulais te laisser un petit message mais je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire ;-)

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  9. Moi j'ai le sentiment inverse. Je n'ai jamais autant aimé Paris que depuis que je suis loin. J'aime y retourner pour en profiter pleinement, comme une touriste. En revanche je ressens ce que tu décris pour Lille MA ville d'adoption, celle où j'aime tout: ses rues, sa vivacité, sa simplicité, ses odeurs (même celle des égouts quand il fait chaud), ses petites boutiques, ses expos et ses bars bruyants et joyeux... C'est la ville de mes études, celle de mes premiers jobs, celle où nous étions les rois du monde. Aujourd'hui tout à changé mais je ne reviendrai pas en arrière, car, en Savoie, c'est autre chose que j'ai trouvé : mon jardin et ses cerises, les montagnes et la neige, la nature au coin de la rue, un boulot apaisé... Et finalement c'est bien aussi!

    Ah! Et au fait! C'est très joli ce nouveau design! J'aime beaucoup!

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    1. C'est intéressant de lire le point de vue inverse.. Ça me faut relativiser du coup! Profite bien de ta campagne et de tee cerises, elles te vont à merveille <3

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  10. Quel beau billet... Je suis moi dans une phase de ma vie où je n'en peux plus. Paris, c'est la contrainte, c'est être loin de ma famille, loin de mes amis, c'est le temps qui m'accable, les transports qui me fatiguent... J'ai trouvé beaucoup d'avantages à la vie parisienne pendant longtemps, sans jamais me sentir "chez moi" j'avais appris à profiter de ses charmes avec plaisir. Mais là je n'en peux plus, je veux rentrer dans mon sud, "chez moi", retrouver un meilleur cadre. Mais j'ai peur aussi, j'ai quand même un bon job, des opportunités, et je ne suis pas sûre d'avoir un tel éventail des possibles en province. Et en même temps, c'est important, oui, mais je ne sais pas si c'est le plus important dans ma vie actuellement... C'est tellement dur de trouver l'idéal !

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    1. Merci Charlotte ;-) c'est sûr que c'est différent lorsqu'on y vit.. Je n'ai pas eu le temps de m'en lasser. J'y ai vécu 6 ans sans enfants et la dernière année, je n'ai pas eu le temps de me lasser, enfermée avec Chucky à la maison.. J'espère que tu vas pouvoir réaliser tes rêves ma douce... Et t'éloigner de Paris si c'est ce que tu souhaites..

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  11. très beau billet encore même si Paris fait parti des villes que j'aime le moins mais bon en même temps je suis extrêmement casanière et je n'ai jamais aimé les villes en général!!! mais je suis sûre que tu deviendras la mamie que tout le monde connait dans ton quartier préféré de Paris!!! :) des bisous

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    1. Merci Gaëlle! Ton message me fait très plaisir! Je ne savais pas que tu étais casanière ;-)

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  12. Oh merci pour cet article très émouvant ! Je suis bientôt étudiante, et ai de grandes chances d'aller habiter sur Paris en septembre (j'attends encore les résultats d'apb..) Mais j'ai bon espoir !
    Ce qui me faisait un peu peur parait plus rassurant. Ta vision de cette ville si grande que je n'ose l'imaginer de trop près m'a énormément touchée.. Mais qui sait, peut-être qu'un jour tu y retourneras, et seras d'autant plus heureuse que le manque aura pesé..
    Paris est tellement folle ! Je comprends que tu sois nostalgique.
    Bonne journée & bon courage
    Je reviendrai sur ton blog
    Artemisia de Cabalistique

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    1. Je suis ravie de faire ta connaissance! J'espère que Paris te plaira autant qu'à moi. Mais si tu aimes les villes qui on une âme, alors oui, tu aimeras. Ne t'inquiète pas, on arrive à se faire son nid partout ;-)

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  13. oh ma belle comme je te comprends. On vit à peu près la même chose ici, on est venu pour le boulot car les salaires en normandie sont assez bas, on rêvait de grand air, de nature, dans une grande maison, et on a tout eu mais à quel prix !!!!
    Car pour nous c'est le contraire, les salaires sont plus élevés mais pour 50 à 60 heures la semaine, la vie est chère comme à paris, la montagne c'est génial mais ca caille et je te raconte pas les facures de chauffage, d'habillement pour les gamins et j'en passe, et j'en ai marre, j'en peux plus,on est tranquille certes, mais loin de tout.
    Alors on va repartir vers notre normandie, chez nous, sous la pluie mais près de notre famille et nos amis.
    Alors courage ma belle, et dis toi qu'un jour, tu y retourneras, les enfants grandissent, la vie change, nos aspirations aussi.
    Plein de bisous

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    1. C'est vrai Felie? Vous retournez en Normandie? Je ne savais pas.. Et qu'allez-vous faire de votre entreprise? En tous cas, je suis heureuse pour vous, si c'est ce à quoi tu aspires. Je t'embrasse ma belle et merci d'être là <3

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  14. Monte boire l'apero avec moi ;)
    Bisous

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  15. Coucou :)
    Ca fait une semaine que je me dis que je veux lire ton billet parce que à chaque fois tu es nostalgique quand je parle de Paris et je voulais comprendre pourquoi. C'est chose faite, et comme je te comprends. J'aime quitter Paris le temps des vacances, mais y retourner me fait un bien fou. Paris c'est la ville où tu peux faire n'importe quoi n'importe quand, manger des tapas à 1h du matin à Odéon, aller manger des croissants pour le levé du soleil à la Nuba, prendre une péniche sur la seine pour danser la salsa. Bref je voyage dans Paris et je ne peux qu'aimer cette ville, ma ville. J'espère que tu reviendras un jour à paris même en week end et qu'on pourra peut être se rencontrer pour boire un café :)

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    1. Merci pour ton message! Tout ce que tu décris, c'est justement ce qui me Manque tant... Avec plaisir pour le café ;-)

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