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Brian, mon élève psychopathe

19 févr. 2016

Mes chevreaux odorants,



Je me suis rappelée d'une anecdote de ma vie de prof ce matin, alors que j'étais confortablement installée dans mon canapé (je suis en congé parental) (j'ai une vie trépidante).

Je me suis dit: mais je ne leur ai pas encore raconté l'anecdote de Brian, l'élève psychopathe! Eh oui, je t'ai déjà parlé de Miss Daisy, l'élève qui criait Tu pues de la chatte en cours, mais je ne t'ai pas encore parlé de Brian... C'est parce que tu n'étais pas encore prêt.


Maintenant, c'est bon....

Donc, quand j'étais prof à Sarcelles (je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître), j'ai eu un jour un nouvel élève dans ma classe. Avoir un nouvel élève à Sarcelles, en plein milieu de l'année, n'est jamais bon signe: Cela signifie en général que c'est un élève qui a été exclu d'un autre collège et qui cherche un nouvel établissement.
Ce genre de choses est très fréquent en ZEP. Je me rappelle d'une année où on a compté plus de 50 conseils de discipline! Moi qui siégeais comme membre, ça en faisait à peu près deux par semaine! Tu vois le délire... Donc, il fallait bien réfléchir à deux fois avant d'exclure un élève définitivement, car on savait pertinemment qu'on allait en recevoir un nouveau en échange prochainement. Tu connais le proverbe: On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on retrouve....

Donc, nous avons hérité de Brian au mois de mars. Bien fait pour nous, me diras-tu, on n'avait qu'à pas exclure Jack de notre établissement (oui,  mais Jack avait enfourné son doigt dans son rectum et l'avait fait sentir de force à ses autres camarades en plein cours de chimie) (tu comprends bien qu'on ne pouvait plus le garder parmi nous) (même si on l'aimait bien au fond).

Mais revenons à Brian. Personne dans la direction ou dans les CPE n'avait jugé bon de me tenir informée de l'arrivée de ce nouvel élève. Je le découvre donc avec surprise au début du cours d'allemand.

- Oh, mais que vois-je! Nous avons un nouvel élève parmi nous! Bienvenue à toi, comment t'appelles-tu? (je ne te fais pas l'affront de te traduire ça en allemand) (j'ai quand-même un coeur).
- Pourquoi, t'es de la police?

Heu... Grand moment de silence. Il m'a coupée la chique le con. Les autres élèves se sont regardés d'un air ébahi. Il a fallu que je reprenne mes esprits et que j'improvise avec humour, comme d'habitude (appelle-moi Florence Foresti).

- Mais enfin, ça ne se fait pas de parler comme ça à un professeur espèce de taré, et je te prierais de bien vouloir me vouvoyer s'il te plaît.

Tu as vu comme j'aime prendre des risques, grande folle que je suis. Dois-je te préciser que Brian avait un physique assez particulier? En dehors du fait qu'il avait l'air d'avoir l' âge d'être le père de mes élèves (et le mien aussi d'ailleurs), il avait un look d’ex-taulard: Il avait une tête à avoir dépucelé Rihanna dans le Bronx sur un vieux tonneau cramé. Joey Starr c'est un bisounours à côté. Bref. Tu vois.

- Le problème Mdame, c'est que moi, j'les aime pas trop les profs,  tu vois... D'ailleurs, le dernier que j'ai vu,  j'lai tapé, c'est pour ça que j'suis ici wesh.

Grand silence dans la classe. Il est mignon!
Non, je suis sûre qu'en fait c'est un  mec génial. Il faut juste savoir le prendre...

Je n'ai pas insisté sur le coup, et j'ai continué à faire cours pour ne pas attirer davantage l'attention sur lui. Bon, j'ai tout de même demandé  qu'il ôte ses écouteurs de ses oreilles, ce qu'il a moyennement apprécié:

- Vas-y, tu t'es pris pour ma darone ou quoi wesh? A mon ancien bahut, ils me laissaient écouter ma musique tranquillement dans la classe et comme ça, je  les faisais pas chier!

Ah....Tout bien réfléchi, ça peut être une solution pédagogique comme une autre....

Il a quand-même daigné enlever ses écouteurs et a ouvert son cahier. Miracle. C'est alors qu'il s'est mis à me fixer du regard pour un temps indéterminé. J'ai flippé ma mère. De longues minutes à me sentir observée par Jack l'éventreur himself au fond de la classe. A un moment donné, j'ose diriger mon regard vers lui. Et là, que vois-je? Brian qui bouge son cou de gauche à droite en faisant craquer ses articulations. On se serait cru dans un épisode de Prison Break.  Il allait m'égorger à la fin du cours, c'est certain. J'avais envie de faire pipi dans ma culotte.

Il m'a fallu beaucoup de sang froid pour faire comme si de rien était et continuer le fil de mon cours. De temps à autre, je jetais un œil dans sa direction et je constatais que ce grand malade était maintenant affairé à dessiner de grands cercles sur son cahier sans s'arrêter. Ce mec est un ouf.

Soudain, vers la fin du cours, alors que j'échangeais des phrases en allemand avec mes élèves, Brian se met à hurler:

- Putin, ça me pète les couilles, j'comprends que dalle à c'qu'elle dit la blonde là! Vous comprenez vous, bande de bâtards?

C'est une autre culture....

Les autres élèves lui ont affirmé que oui, ils comprenaient et qu'ils aimaient bien cette langue même.... (j'aime les lèche-bottes).

- Vous êtes trop une bande d'intellos wesh!

Et il a continué à dessiner des grands cercles sur son cahier. Brave garçon.

A la fin du cours, il s'est sauvé avant même que j'ai eu le temps de lui toucher deux mots. En salle des profs, j'échangeais avec mes collègues sur cet énergumène qui, tu t'en doutes un peu, n'était pas passé inaperçu. Mais comment allons-nous faire? se demandaient les nouveaux profs stagiaires. Est-ce qu'il est dangereux? questionnaient d'autres collègues. Il faut le pousser à la faute pour s'en débarrasser! prônaient les plus aguerris.
Le cas divisait.

Le lendemain, je constatai à mon grand soulagement que Brian était absent en cours. Ouf! J'en aurais presque chialé de bonheur dis-donc. J'ai fait cours dans la gaité et la légèreté la plus absolue, je sautais, virevoltais d'une table à l'autre, en chantant intérieurement: il en faut peu pour être heureux..

Une fois le cours terminé,  j'étais en train d'essuyer le tableau,  quand je sens une main se poser sur mon épaule et un souffle chaud et fétide sur ma nuque.  Je me retourne,  blême. C'était Brian. Il s'était faufilé derrière mon bureau (crime de lèse-majesté) et il me tripotait l'épaule comme si on s'était déjà pris une cuite ensemble aux vieilles charrues.

- Désolée,  ça m'a cassé les couilles ton cours hier. Du coup, je suis pas venu ce matin,  mais j'taime bien tu sais!  Allez,  à demain,  bisous!

Oui, tu as bien entendu,  Brian m'a dit "bisous ".  À ce moment précis,  je me souviens juste avoir  souhaité très très fort revoir ma maman et mon papa et ne plus jamais retourner dans ce collège de psychopathes.

Et bien figure-toi que j'ai fini par apprivoiser Brian...  Nous avons tous fini par l'apprivoiser. Je te rassure,  il n'a jamais ouvert un livre d'allemand de sa vie dans mon cours, mais il a fini par accepter les règles et se taire.  Finalement,  c'est tout ce que je lui demandais.

J'ai un très bon ami qui se trouve être prof de français et qui avait un peu peur de Brian (comme nous tous).  Lorsqu'il le croisait dans le couloir, il se baissait et courbait la tête devant lui en disant: "me tape pas!"
Cela faisait rire Brian qui répondait à chaque fois: "C'est bon Msieur,  j'vais pas vous taper!"

Tu vois qu'il était cool en fait.

Il a même fini l'année dans notre collège, sans se faire exclure et en obtenant une formation dans un CFA. Je peux te dire qu'on était tous fiers de lui. Et lui aussi. Le jour de son oral, il avait mis un beau costume,  il était canon notre Brian.  Rihanna aurait été deg de l'avoir largué.

Voilà pour ma petite anecdote.  J'espère que tu t'es autant marré que moi en l'écrivant.

En attendant, je te conseille d'aller faire un tour sur le blog d'Angélique, marquise des couches. Rien que le nom vaut le détour. Et puis, Angélique est une super maman et une super blogueuse avec un cœur gros comme ça.  Elle est très sympa et j'aime beaucoup échanger avec elle. Voilà pour la minute kassdédi.

Gros bécots.

Frau Pruno.




16 commentaires :

  1. Attends, je suis restée "quée-blo" (oui, j'accorde mes participes même en verlan) au paragraphe sur les conseils de discipline : vous avez exclu un élève JUSTE parce qu'il avait fait sentir son doigt - slash - anus à ses camarades ? Parce que bon, si on était aussi efficace chez moi, on n'aurait plus que 15 élèves par classe ;)

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    1. J'en reviens pas comme tu causes bien le verlan! Je kiffe tes commentaires Aemilia (Emilia?) (c'est quoi ton vrai prénom au juste?) . Bref, merci, je me régale de te lire aussi :-)

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    2. Mon vrai prénom c'est Émilie (je ne pense pas briser mon anonymat en le révélant, puisque c'est le prénom d'à peu près 30% des filles de ma génération) :)

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    3. Merci pour la confidence poulette. Effectivement, je pense que tu n'as pas brisé l'anonymat, même si des Emilie, j'en connais pas tant que ça ;-)

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  2. Je dirais que vous aviez gagné au change, finalement ;)

    Merci pour les fous rires à répétition ;)

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    1. Mais de rien ma petite dame! Merci à toi pour ton gentil message ;-)

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  3. Mais moi aussi j'ai connu un Bryan psychopathe!!! Sauf que le mien était scolarisé en ITEP direct! Sinon, encore une fois j'ai bien rit Frau Pruno :D :D

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  4. Vous avez été un peu rudes avec ce pauvre Jack... Après tout, se mettre un doigt dans le luc et le faire sentir à ses potes était peut être sa manière de leur dire bonjour !!! Chacun sa culture, pourquoi tant de haine ??! ��
    Encore une anecdote croustillante ma biche, Que je vais partager avec mes amies profs !! ��
    Des bécots ma poulette !

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    1. Oui tu as raison, c'est vrai qu'on y est allé un peu fort. On se met des barrières olfactives complètement débiles! Il suffit d'être un peu ouvert d'esprit!

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  5. Hihi j'ai bien ri! Il faudra que je me lance un jour à raconter, moi aussi mes délicieuses perles de prof...

    En tous cas pour en revenir à Jack... sache que chez nous le doigt se met direct' dans l'anus du voisin, ça s'appelle même une "olive" à ce qu'il paraît... Une autre culture qu'on vous dit!

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  6. Excellent! J'ignorais qu'on était collègues! t'es prof de quoi? Gros bisous

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  7. Hallo Frau Pruno, Ich liebe cette anecdote (mes restes d'allemand ont des limites, que j'atteins vite^^). Je travaille dans le milieu judiciaire et des petits jeunes comme cela (version adultes) j'en côtoie souvent... Une fois "apprivoisés" c'est gratifiant de pouvoir échanger sur un mode de langage presque commun.
    Bisous

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    1. Vielen Dank mein Schatz! (au fait, c'est quoi ton ptit nom?)
      Oui effectivement, si tu travaille dans la justice, tu as les mêmes que moi, version "après" ;-)
      Merci pour ton petit passage et j'espère que ta petite escapade en famille t'a fait du bien!

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  8. On en a connu, des Brian, dans nos carrières ; mais tu racontes ça avec une saveur qui le rend u-nique !
    Merci !

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  9. Chapeau !
    Je suis actuellement en REP+ mais avec des "modèles" plus petits mais certains sont très prometteurs !

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  10. Bon, évidemment, ton article m'a fait rire, mais je ne sais pas si je riais de bon coeur ou plutôt jaune... merci pour ton témoignage, c'est important d'en parler.

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